D’un sirventes far soi adérs
Article mis en ligne le 29 septembre 2008
dernière modification le 18 novembre 2008
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I

D’un sirventes far soi adérs
Merce Dieu e de mos vezis,
Que de Dieu me ven lo sabérs
E-l razos dels baros meschis,
Paures d’amor e de feunia rix,
Sors en ergueil, e valor dechazéitz,
Amicx de tort e de Dieu enemix.

(Me voilà tout prêt à faire un sirventès
grâce à Dieu et à mes voisins.
Car, si de Dieu me vient le savoir,
le sujet m’est fourni par des barons méprisables,
pauvres d’amour et riches de félonie,
élevés en orgueil et en valeur déchus,
amis de l’injustice et ennemis de Dieu.)

II

Mal lor di hom, mas lo es vers
Qui los apella querentis
Ni renoviers d’autrui avers
Ni raubadors d’autrui camis,
Trebails dels bos e dels lairos abrix,
Cautz de tort far e de caritat freitz,
Ricx en raubar et en donar mendix.

(On dit du mal d’eux, mais c’est bien en vérité
qu’on les appelle fouineurs
et usuriers des biens d’autrui
et usurpateurs des chemins du voisin,
tourments des bons et protecteurs des larrons,
enflammés pour faire du tort et froids pour la charité,
riches pour voler et pour donner mendiants.)

III

Lor pezars es lo mieus plasers
E lor plorars es lo mieus ris,
Qu’atretant me plai lo volers
D’un lop o d’una calcatris
Car, si liges entr’els libres antix,
Vos trobares de lops aitan adreitz
Que n’an passat manz fals baros enix.

(Leur déplaisir est mon plaisir
et leurs pleurs mon allégresse,
car autant me plaisent les intentions
d’un loup ou d’un crocodile :
de fait, vous trouverez dans les anciens livres ,
des récits de loups si adroits
qu’ils ont surpassé maints faux barons injustes.)

IV

D’els non vai segurs laics ni clercs
Ni monges niers ni blancs ni gris.
Que bels manjars ni bels jazers
L’oste ni l’ostal non garis,
Si lai a draps ni astz ni pals ni pix
Que al levar s’en van ab los espleitz,
So que non fes en lobatz ni’n urtix.

(Avec eux, n’est en sécurité ni laïque ni clerc
ni moine noir ni blanc ni gris.
Le bon repas ou la belle couche
ne sauvegardent ni l’hôte ni le logis
s’il y a là vêtements , lances , pieux et pics,
car au lever ils s’en vont avec les objets,
ce que ne fit jamais messire loup ni maître tigre.)

V

Ben sai que terra ni avers
No met son don en paradis,
Ni grans tezaurs ni grans poders
Non salva’l ric ni l’asantis.
Car l’enansars de sai es lai destrix,
Can l’arma sec lai los camis estreitz
E-l cors es sai vianda dels lonbrix.

(Je sais bien que ni terre ni avoir
ne met son maître en paradis
et que ni grand trésor ni grand domaine
ne sauve le riche et ne le rend saint pour autant .
Car les avancées d’ici-bas deviennent reculs dans l’au-delà
quand l’âme suit là-bas les chemins étroits
et que le corps est ici la pitance des vers.)

VI

Sapchas, mals homs, si de tort far no-t gix,
Tan non penras ni de dons ni d’espleitz
Que tu non ans a mal, quan que o trix.

(Sache le bien , mauvais homme, si tu ne cesses pas tes injustices,
tu n’amasseras pas assez de dons ni de profits
que tu n’ailles un jour en un bien méchant lieu,
de quelque durée que tu retardes ce moment.)


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