Bilan 2006-2008

Après le départ de nos correspondants, l’heure est venue pour nous de faire un premier bilan du jumelage, qui vient de connaître un temps très fort.

Article mis en ligne le 29 septembre 2008
dernière modification le 5 juillet 2015

par ANGEBAULT Matthias
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I - Les faits

Année scolaire 2006-2007. Le jumelage voit le jour dès septembre 2006, à l’occasion de la visite d’une délégation d’enseignants maliens au collège Jean Lurçat, dans le cadre d’une formation. Oumar Niane, professeur de Lettres au lycée de Kayes, fait part de son désir de mettre en place un jumelage scolaire qui pourrait enrichir le jumelage déjà existant entre Kayes et la Communauté d’Agglomération Evry-Centre-Essonne. Cette action serait le moyen d’impliquer activement les enfants et leurs familles dans cette relation entre la France et le Mali, avec tout le dynamisme qui les caractérise, mais également de fédérer les acteurs des deux pays autour de préoccupations communes liées à l’enseignement et à l’éducation.
La proposition d’Oumar Niane suscite immédiatement l’intérêt de plusieurs membres de l’équipe éducative, qui réunissent rapidement un groupe d’élèves de 5ème volontaires désireux de s’investir dans ce projet et de le mener à bien.
Durant toute l’année scolaire, les élèves des deux pays entretiennent une relation épistolaire, et des actions concrètes sont mises en place : réalisation de cartes de vœux, de tee-shirts et de dîners-spectacles africains. Le projet commence alors à prendre davantage d’ampleur, et trouve une reconnaissance et un accueil favorable au sein de l’établissement et dans les quartiers, du fait notamment de l’implication des familles.
Parallèlement à ces actions, nous définissons l’une des principales finalités de ce jumelage : rendre possible un échange véritable entre les élèves français et africains, faire se rencontrer des cultures et des identités qui se construisent, et parfois se cherchent. Le groupe décide de tout mettre en œuvre pour permettre aux Maliens de venir séjourner en France, inversant ainsi volontairement l’usage qui veut que le Nord aille à la rencontre du Sud dans un échange trop souvent unilatéral.
Pour cela, nous nous lançons dans la recherche active des fonds qui nous permettront de financer ce projet.
En fin d’année scolaire, nous décidons de réunir les élèves du projet dans une même classe de 4ème (deux élèves étant par ailleurs scolarisés en SEGPA) qui sera dotée d’un Projet Artistique et Culturel (PAC). Cette classe voit le jour en septembre 2007.

Année scolaire 2007-2008. La recherche de financements reprend, et en décembre 2007 la classe entière, ainsi que les enseignants et des parents d’élèves, va défendre le projet devant un jury du Conseil Général de l’Essonne, dans le cadre de la procédure « Collégiens Citoyens ». Le jury décide de nous accorder tout son soutien et la subvention maximum : nous sommes alors certains de pouvoir financer le séjour des Maliens en France.
Par ailleurs, l’année est consacrée à la réalisation du projet artistique et culturel, en partenariat avec le Théâtre de l’Agora d’Evry (scène nationale). Les élèves, encadrés par leurs professeurs, et avec l’aide d’un artiste malien, écrivent et mettent en scène des saynètes sur les thèmes du mariage forcé, de l’immigration et de la danse. Ce travail intéressant mais particulièrement exigeant nécessite une grande implication de la part de tous les acteurs du projet. Dans le même temps, les Maliens travaillent également à la préparation de sketches et de chorégraphies.
Puis du 30 avril au 18 mai 2008 a lieu le séjour des Maliens en France. Ils sont accueillis dans les familles de leurs correspondants. Pendant près de trois semaines, Français et Maliens vont donc pouvoir échanger, et s’imprégner réellement de la culture de l’autre. Le séjour débute par trois jours en bord de mer, qui permettent au groupe de se constituer. Puis les élèves maliens découvrent le collège, se mêlent aux autres élèves dans différentes classes, et enrichissent le collège d’une dimension nouvelle, du simple fait de leur présence. Les activités se succèdent : visites de Paris et de la région, journées en famille, répétitions du spectacle, rencontre avec des Maliens installés en France, matinée à la patinoire… Les deux grands temps forts du séjour sont tout d’abord le repas malien, en présence du Ministre de la Jeunesse et des Sports du Mali, qui réunit des Français et des Maliens venus de toute l’Ile-de-France, dans une ambiance particulièrement conviviale ; puis le spectacle, joué sur la grande scène du Théâtre de l’Agora, où chacun des deux pays a pu se représenter à travers ses traditions artistiques, dans les domaines du théâtre, de la danse, de la musique ou du conte.
Suite au séjour des Maliens, nous mettons tout en œuvre pour finaliser notre voyage au Mali en février 2009, afin de poursuivre la construction de notre histoire commune, et d’installer dans l’Ecole Légal Ségou A une bibliothèque et une salle informatique.

II – Les effets

Les effets du séjour des Maliens en France sont multiples, et force est de constater qu’ils sont exclusivement positifs.
Avant tout, de véritables histoires d’amitié se sont construites entre les élèves français et leurs familles et les enfants maliens qu’ils accueillaient. L’intensité des liens qui se sont tissés s’est particulièrement exprimée le jour du départ à l’aéroport, où la séparation a eu lieu dans les larmes de chacun.
Au niveau du collège, la présence des Maliens s’est avérée très apaisante, instaurant très naturellement un climat beaucoup plus serein que celui qui règne habituellement. La cour de récréation est devenu un lieu d’échange entre des peuples et des cultures, tant par la discussion que par des démonstrations spontanées de danse ou de chant. Il s’agit d’un effet à prendre sérieusement en considération dans un établissement placé en zone d’éducation prioritaire, et où il n’est pas toujours facile de trouver des solutions à la violence et à l’irrespect.
Au-delà du collège, les effets de ce jumelage ont été très largement ressentis, puisque nous avons accueilli plus de 300 personnes au repas et autant au spectacle, qui venaient de toute la région parisienne, aussi bien des Français que des Maliens, ou d’origine malienne. Les témoignages que nous avons pu recueillir nous ont assuré de la bonne réception de notre action, et de ses effets positifs sur le plan de l’intégration, de la connaissance de l’autre et du respect qu’elle induit naturellement. A titre d’exemple, cette remarque d’un Malien installé en France, qu’il a faite à la fin du repas : « Depuis 17 ans que je suis en France, c’est la première fois que je me sens aussi heureux et fier ».
Dans le même ordre d’idées, la présence des Maliens a permis aux nombreux élèves d’origine africaine qu’accueille le collège de mieux se situer par rapport à leur identité française et à leurs origines. Ils ont pu se sentir fiers et heureux de leurs origines, tout en mesurant ce qui les en sépare, mais également fiers et heureux d’être français, à travers l’image que les Maliens leur ont renvoyé de la France. C’est donc une véritable réflexion sur l’identité qui s’est ainsi initiée très simplement, par la rencontre et l’échange, et qu’il nous est souvent difficile de mettre en œuvre au quotidien.
Du point de vue des Maliens, ce séjour a permis de confronter leur propre image de la France, faite de ce qu’ils ont vu ou entendu de sources pas toujours objectives, à la réalité concrète de leur expérience. Ils ont également pu expérimenter leur droit à voyager, à rêver, à échanger, à rencontrer, à s’ouvrir, à découvrir et à faire découvrir, qui reste trop souvent l’apanage des habitants des pays riches.
On peut enfin ajouter que ce projet est particulièrement fédérateur, ce qui n’est pas négligeable dans les quartiers réputés « difficiles » où vivent nos élèves. L’implication des familles durant ce séjour a été totale, et chacun s’est surpassé pour rendre ces trois semaines inoubliables pour tous. Nous avons également réuni autour de ce jumelage scolaire nombre de familles maliennes installées en région parisiennes, et le collège n’avait sans doute jamais été aussi ouvert sur l’extérieur, cela dans une ambiance toujours conviviale. Enfin, le soutien que nous avons reçu du Ministre de la Jeunesse et des Sports du Mali, du Gouverneur de la Région de Kayes, de l’Ambassade du Mali en France, de l’Education Nationale et de nos partenaires financiers nous confirme dans l’idée que ce jumelage ne peut qu’être bénéfique à tous et à chacun.
Ce sont là quelques-uns des effets de ce premier temps fort du jumelage, qui montrent que l’histoire entre les deux établissements scolaires et ceux qui les font vivre a réellement commencé à se construire, et qu’elle ne demande qu’à se poursuivre…


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